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3 degrés. 3 degrés d’augmentation de la température globale d’ici la fin du siècle sur les niveaux préindustriels. C’est le chiffre qui tombe lorsque l’on juxtapose les contributions de chaque pays. Loin d’être dépourvu de saveur, ce chiffre laisse un goût quelque peu amer. Selon le GIEC (IPCC),  un objectif de 2° serait raisonnable, cependant, il laisserait certains pays à l’écart (AOSIS[1], SIDS[2]). Pour ne pas abandonner ces pays et permettre leur survie sur le moyen et long terme, certains experts considèrent aujourd’hui qu’une augmentation de 1.5° de la température globale serait satisfaisante.

 

2 degrés, une injustice ?

 

Les changements climatiques sont sans équivoque, induits par l’action de l’Homme. Et ils s’accélèrent. Les écosystèmes et la biodiversité sont en première ligne lorsqu’il est question des impacts du changement climatique. Il s’agit d’une injustice arbitraire qui renforce l’intensité et la fréquence des catastrophes naturelles (inondations, sècheresses, tornades, typhons, etc.). Limiter l’augmentation de la température à 2° implique une montée du niveau de la mer d’environ 20 cm d’ici la fin du siècle. Les SIDS communément présentés comme les pays les plus vulnérables. Ces pays insulaires seront les premiers à atteindre le seuil critique des impacts des changements climatiques. La dispersion géographique, le manque de ressources naturelles, l’isolation et l’insuffisance des ressources en eau expliquent les difficultés de leur adaptation face à ces évolutions.

 

Toutes les voix ont-elles la même portée ?

 

Lorsque l’objectif de 2° d’augmentation de la température globale est fixé à Paris, nous pouvons à juste titre nous demander s’il est profitable à tous. Les travaux experts du SBSTA[3] montrent, dans leur rapport 2013-2015, que les 2° ne sont pas satisfaisants et qu’ils ne permettraient pas de limiter les risques pour les plus vulnérables. Pour le groupe AOSIS, il est important de maintenir l’augmentation de la température globale au plus bas, jusqu’à ce qu’il y ait plus d’information concernant toutes conséquences liées à une augmentation de 1.5°. La fenêtre pour agir en se basant sur les 2° est en train de se refermer. Les États côtiers, proches du niveau de la mer sont déjà touchés par les effets des changements climatiques. Chaque année, ces zones perdent du terrain sur la mer ; les experts du GIEC prévoient qu’avec une augmentation de 2°, ces phénomènes s’amplifient.

 

Le « Ratchet Mechanism », une solution ?

 

Les INDC[4] actuelles ne nous mettent pas sur le chemin que la science préconise. Pour inscrire l’ambition exprimée à Paris dans la durée, il faudrait mettre en place un mécanisme permettant le rehaussement automatique des INDC, et ce, tous les 5 ans. Cela nous permettrait d’aligner les engagements, de les évaluer et de les revoir à la hausse automatiquement dans des cycles de 5 années. Ce mécanisme pourrait être mis en œuvre dans le groupe de travail du Workstream 2. Il doit être enclenché au plus vite, c’est à dire avant 2020. Malheureusement en ce 11 décembre, le texte qui risque d’être adopté, ne comporte aucune clause de cette nature. Toutefois, l’ébauche d’Accord mentionne les efforts nécessaires pour arriver à 2°, ainsi que la poursuite de ces mêmes efforts pour ne pas dépasser les 1.5° d’augmentation de la température globale.

 

Nitany Gueyes,

Pour la délégation

Le Bourget, France



[1] OASIS : Alliance of Small Islands States

[2] SIDS: Small Island Developping States

[3] SBSTA : Subsidiary Body for Scientific and Technological Advice

[4] INDCs : Intended Nationally Determined Contributions

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