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La forêt contribue-t-elle aux émissions de carbone ?

La forêt absorbe le CO2 de l’atmosphère par la photosynthèse et stocke ainsi du carbone dans la biomasse forestière (tronc, branches, feuilles, racines), dans la matière organique morte et dans le sol. Elle émet aussi du carbone dans l’atmosphère par la respiration végétale, la décomposition ou la combustion en cas d’incendie. À l’état naturel, une forêt peut donc constituer un puits de carbone si elle en absorbe plus qu’elle n’en émet, ou une source de carbone si elle en émet plus qu’elle n’en absorbe.

Quelle est l’influence des activités humaines sur les stocks de carbone des forêts ?

Par leurs activités, les humains peuvent perturber le bilan de carbone naturel d’une forêt et ainsi, entraîner une émission ou une absorption nette de carbone à l’atmosphère. Par exemple, une mesure visant à protéger une forêt d’une attaque par des insectes permettrait d’éviter la décomposition de la biomasse et entraînerait donc une réduction d’émission par rapport au cas où cette mesure ne serait pas mise en place. Dans l’autre sens, la déforestation d’une surface pour la construction d’une infrastructure suivie de la combustion de la biomasse récoltée entraînerait une émission nette de carbone dans l’atmosphère. L’exploitation commerciale de la forêt, le reboisement, la transformation de forêts en terres agricoles et plusieurs autres types d’activités humaines ont un impact positif ou négatif d’intensité variable sur les stocks de carbone des forêts.

Comment peut-on comptabiliser les réductions d’émissions causées par les activités humaines ?

La mise en application de mécanismes financiers tels que REDD+ rend nécessaire l’utilisation de méthodes de comptabilisation afin de quantifier les réductions d’émissions attribuables à chaque projet et ainsi, de les récompenser en fonction de leur contribution réelle aux efforts de réduction d’impact. Le principe à la base des méthodes de comptabilisation est la comparaison des inventaires de carbone des forêts « avant » et « après » le projet. Autrement dit, il faut comparer la quantité de carbone stocké dans la forêt suite au projet à celle qui y aurait été stockée si le projet n’avait pas eu lieu, c’est-à-dire la situation de référence. La quantification de cette situation de référence n’est pas simple, car elle dépend de plusieurs paramètres dont la zone géographique, la période touchée, l’extrapolation de données historiques ou la détermination de données prospectives, etc. Les inventaires de carbone forestier sont quant à eux évalués à partir de systèmes de mesures (relevés forestiers, imagerie satellite, modèles, etc.) développés par chaque pays, puis rapportés et vérifiés en conformité avec les protocoles découlant des décisions prises par la Conférence des Parties.

Pourquoi les projets de réduction d’émissions liés à la forêt sont-ils parfois controversés ?

Pour qu’une réduction d’émission causée par un projet forestier puisse réellement contribuer à l’atténuation des impacts sur les changements climatiques, elle doit être additive, permanente et ne doit pas entraîner de fuite de carbone. La réduction d’émission doit d’abord être additive, c’est-à-dire qu’elle ne doit pas avoir lieu même si le projet n’est pas mis en place. Le respect de cette condition repose donc dans la fiabilité de la situation de référence établie au départ à laquelle le projet sera comparé et de la méthode de calcul des inventaires de carbone forestier. La réduction d’émissions doit aussi être permanente. En effet, le carbone stocké dans la forêt grâce au projet ne doit pas être réémis à l’atmosphère quelques années plus tard, que ce soit de façon accidentelle (incendie) ou intentionnelle (exploitation commerciale). Des mécanismes doivent donc être mis en place afin d’assurer la pérennité des stocks de carbone forestier, ce qui complique les protocoles et leur application. Finalement, la réduction d’émission ne doit pas entraîner de fuite de carbone, c’est-à-dire un déplacement d’émission vers un autre endroit ou un autre secteur. Par exemple, si l’on reboise une terre agricole, il faut s’assurer que la diminution de la production de la denrée agricole abandonnée n’entraînera pas de la déforestation ailleurs sur le globe pour produire cette même denrée, causant ainsi une émission qui pourrait ne pas être comptabilisée si le pays n’est pas assujetti aux mêmes contraintes.

Pourquoi certains pays sont-ils réticents à inclure les émissions liées aux forêts dans les accords internationaux ?

Les inventaires de carbone forestier dépendent de plusieurs facteurs dont certains sont liés à des processus naturels, alors que d’autres résultent des activités humaines. Les perturbations naturelles sont variables, difficilement prévisibles et souvent impossibles à contrôler. Certains pays dont le Canada désirent que les règles de comptabilisation ne tiennent pas compte des émissions de carbone causées par des perturbations naturelles.

L’exploitation des forêts peut-elle aussi faire partie de la solution ?

L’exploitation des forêts pour la production de matériaux ou d’énergie peut en effet entraîner une réduction d’émission de gaz à effet de serre par rapport à une situation de référence où la forêt resterait à l’état naturel, mais où des matériaux ou des sources d’énergie d’origine fossile ou minérale devraient être utilisés. Par contre, plusieurs facteurs tels qu’une gestion non durable de la forêt ou des procédés de transformation très énergivores pourraient faire en sorte de renverser ce constat. Il importe donc de comptabiliser de façon rigoureuse et exhaustive les émissions associées à toutes les étapes du cycle de vie de chaque alternative et ce, en incluant les impacts sur les stocks de carbone forestier.

 

Annie Levasseur

Chercheuse, CIRAIG, Département de génie chimique

Polytechnique Montréal, Canada

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