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D’après le GIEC[1], le réchauffement de la planète est indéniable et certains de ses effets déjà irrévocables, notamment l’intensification des catastrophes naturelles. Les causes de ce réchauffement sont anthropiques. Il est communément reconnu que les solutions à cette problématique doivent, elles aussi, être du fait de l’homme. Et c’est pour cela que nous sommes réunis à Paris, après tout.

 

Dans ce contexte de vulnérabilité face aux dérèglements climatiques, les migrations forcées et la perte d’accès aux ressources naturelles et économiques touchent directement les régions les plus pauvres du monde. En plus de concerner les catégories sociales les plus défavorisées, ces catastrophes frappent majoritairement les femmes, représentant près de 70%[2] des victimes d’inégalités et de discriminations.

 

L’impact du changement climatique sur les femmes et les hommes

Le sexe de la pauvreté est féminin, tout comme celui de l’analphabétisme et de l’exclusion. Cela ait est connu depuis bien longtemps, avant même les aléas des changements climatiques.

 

Les répercussions des changements climatiques ont trait à la santé (maladies reliées à l’insalubrité de l’eau, paludisme…), à l’agriculture, à la sécurité alimentaire, aux migrations et à l’intensification des conflits locaux et régionaux. Ainsi, face à la raréfaction des ressources, les tensions et inégalités augmentent. Nonobstant le caractère global des impacts du dérèglement climatique, ils touchent de façon plus accrue la population féminine. Effectivement, les femmes ont tendance[3] à avoir un accès moindre aux ressources et aux facteurs de production. Elles ne contrôlent que très rarement la gestion de ces ressources et se retrouvent démunies en situation de crises. Elles sont alors plus susceptibles de se retrouver acteurs forcés victimes d’abus[4].

 

L’approche genrée dans les négociations climatiques internationales

Les négociations climatiques se font à des niveaux de gouvernance très élevés, où la parité décisionnelle n’est pas atteinte et progresse lentement[5]. La CCNUCC a d’ailleurs été longtemps la seule des conventions issues de la Conférence internationale de Rio à ne mentionner aucune approche de genre. La déclaration de Beijing[6] commença à rectifier sensiblement cet oubli en 1995. Ces dernières années, les conférences se sont suivies sans que les impacts des changements climatiques ne soient officiellement analysés à travers la différenciation des genres. Il a fallu attendre la COP de Lima (2014) pour voir l’adoption d’une décision officielle ayant pour but de faire progresser l’objectif d’égalité des sexes dans la lutte au changement climatique[7]. De plus, il y a quelques mois à New York, l’approche genre fut intégrée au cœur des objectifs du changement climatique par l’Assemblée des Nations Unies. La société civile (groupes de femmes, coalitions, alliances…) se place au cœur des ces évolutions.

Pourtant, en arrivant à Paris, seulement 50 parties avaient intégré des dispositions visant l’atteinte de l’égalité femmes-hommes dans leurs contributions nationales. Comme l’a indiqué la Ministre Hakima El Haité[8] la semaine dernière, « un droit des femmes au développement ne peut pas être différent des autres droits ».

 

Solutions & initiatives

Les femmes (tout comme les hommes), du fait de spécialisations, expériences et expertises héritées de différents rôles sociaux, traditions et pratiques sont susceptibles d’avoir des connaissances et de faire preuve d’initiatives particulières dans le domaine de l’adaptation[9] aux changements climatiques. Elles jouent d’ailleurs un rôle particulier dans le maintien de la biodiversité locale[10].

Connaissez-vous un groupe plus résilient que les femmes? C’est pour cela qu’elles doivent être sans conteste intégrées à la lutte au changement climatique pour, dans un premier temps, aider les décideurs à comprendre le concept même de résilience. En attendant un agenda de solutions sensibles aux questions de genre dans l’accord de Paris, il est légitime, d’espérer en ce 8 décembre 2015[11], d’attendre la prise en compte du genre dans les décisions internationales. Après tout, cela ne reviendrait qu’à considérer automatiquement la moitié de l’humanité.

 

Gwendoline Decat-Beltrami

Pour la délégation

Le Bourget, France

 

 

 

 

 

 

Pour plus d’informations :

 

Les demandes du Women Gender Constituency aux leaders lors de la COP21 à Paris :

http://womengenderclimate.org/wp-content/uploads/2015/11/WGCKeyDemands.pdf

 

‘You’re the voices’ – hymne pour l’égalité des sexes dans la lutte au changement climatique

https://www.youtube.com/watch?v=7-3FuApUbnc



[1] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

[2] Référence : UN Women

[3] Particulièrement vrai dans les pays en développement et pays les moins avancés (les plus vulnérables au changement climatique)

[4] notamment dans les camps de réfugiés (référence UNHCR)

[5] Suite aux objectifs fixées par les politiques publiques des Nations Unies

[8] Ministre de l’Environnement du Maroc où se déroulera la COP22 (à Marrakech en 2016)

[9] À noter que la capacité d’adaptation d’un individu est estimé dépendamment de facteurs tels le statut social, le statut familial, les revenus, l’accès aux ressources le niveau de  production, l’accès à l’information, le degré d’autonomie, la capacité à se déplacer librement ainsi que la participation aux processus décisionnels.

[10] Dans les cultures adaptées comme les variétés de riz résistantes à la sécheresse en Asie du Sud Est.

[11] Gender Day (jour du genre) fixé par la CCNUCC

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