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Depuis le début de la Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques à Paris (COP 21), l’attention médiatique est concentrée autour des discours de certains présidents et ministres charismatiques. Durant des heures, d’impressionnantes délégations nationales et négociateurs jouent sur les mots derrière des portes closes. En filigrane de tout ce brouhaha médiatique, les entreprises, bien présentes à la COP21, enchainent les discours exprimant leur volonté  de prendre un virage vert.

Durant cette importante conférence, plusieurs initiatives ont été lancées afin de favoriser la mise en place d’un cadre visant à pousser les entreprises à agir de façon plus environnementalement responsable.

Les magnats de la finance, Michael Bloomberg et Marc Carney, ont lancé une initiative visant à intégrer les risques environnementaux qui menacent certaines entreprises dans leurs indices boursiers. Parallèlement, la chancelière allemande Angela Merkel, le premier ministre canadien Justin Trudeau, le président mexicain Enrique Peña Nieto et plusieurs autres chefs d’État et de gouvernement ont officiellement lancé le « Carbon Pricing Coalition ». Ce groupe a la volonté de fixer un prix universel sur le carbone. Finalement, le WBCSD (World Business Council for Sustanaible Developement) et l’IETA (international Emissions Trading Association) ont tenu, tout au long de la COP21, une série de conférences au cours desquelles plusieurs chefs d’entreprises ont affirmé que le monde des affaires était désormais prêt à effectuer le virage vert.

Le but de ce genre de mesure : internaliser, dans les coûts des biens et services, les externalités environnementales. Bref, envoyer un signal de prix aux consommateurs.

Cependant, il reste pertinent de se poser quelques questions, en particulier sur la cohérence de ces compagnies entre leurs discours environnementaux et leurs pratiques effectives.

En effet, plusieurs observateurs soulignent l’ambivalence du discours des chefs d’entreprises présents à Paris. Même si de nombreuses multinationales, y compris certaines pétrolières, se sont prononcées en faveur d’un prix sur le carbone, cet appui reste conditionnel  à son universalité, afin d’éviter une perte de compétitivité.

Comme l’a souligné Cécile Renouard, lors d’une conférence parrainée par la fondation Nicolas Huot, cette position pourrait sembler hypocrite dans la mesure où ces entreprises savent pertinemment que le monde est encore très loin d’un prix universel sur le carbone. De plus, la spécialiste française souligne que les compagnies qui se cachent derrière l’absence de prix du carbone pour justifier leurs inactions disposeraient de plusieurs autres moyens pour améliorer leurs bilans environnementaux.

A ce propos, la reconnaissance même du « Carbon Pricing » à l’intérieur des accords de Paris est ici un sujet de litige. Dans la version préliminaire de l’accord, un paragraphe était consacré à cette question sous l’article 6. Aujourd’hui, cette mention aété reléguéeà la section décision. Autrement dit, l’accord de Paris n’intégrera pas cet enjeu.

De toute façon, avant d’espérer un changement réel de l’attitude des grandes multinationales, il faudra beaucoup de changements à plusieurs niveaux. Les politiques publiques des différents États devront être cohérentes avec l’urgence climatique. Les subventions offertes aux entreprises pétrolières sont un exemple frappant d’incohérence politique.

En conclusion, rappelons-nous que les compagnies répondent aux besoins des consommateurs. Avant d’exiger une attitude plus responsable de la part des grandes multinationales, l’individu devra lui aussi adopter une pratique cohérente de consommation. Bref, un grand travail reste à faire.

 

Pour la délégation

Guillaume Rivest

Le Bourget, France.

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